Banque en ligne : vers une ubérisation du secteur bancaire ?

En ce début d’année, l’opérateur Orange projette de proposer une banque mobile totalement utilisable avec son smartphone. En généralisant le paiement par mobile via Orange Cash, l’opérateur prépare une future offre bancaire complète en ligne. De même les placements financiers low costs, via les ETF (« exchange Trade Fund »), séduisent de plus en plus avec des frais de gestion très compétitifs (0,25% de frais de gestion avec le fond de la BNP : CAC 40 Theam Easy Ucits par exemple)

Avec des perspectives spectaculaires de croissance, la banque en ligne menacerait elle le secteur classique ?

Un attrait indéniable des français pour la banque en ligne :

Les comportements des clients évoluent et ceux-ci désirent aujourd’hui pour la plupart ne pas tout détenir dans une seule et même banque. On parle de « multibancarisation ». C’est dans ce contexte que les banques en ligne offrent de nombreux avantages tels que la gratuité des frais d’ouverture, de clotûre d’un compte, aucun frais sur les opérations courantes, la carte de crédit gratuite, cash-back ect … De plus, devenir client d’une banque en ligne est très facile: Il suffit de fournir quelques documents et de justifier un revenu mensuel… Enfin, les produits d’épargne sont une autre force majeure des banques en ligne : elles offrent aujourd’hui des rendements élevés et des frais minimes. Ainsi, c’est aujourd’hui plus de 2 millions de Français qui sont des clients des banques en ligne.

« Des tarifs 2 à 4,5 fois moins élevés au sein des banques en ligne »

Au même titre qu’une banque traditionnelle, une banque en ligne se doit de gérer au mieux un patrimoine financier. Toutefois, l’usager a désormais peu d’intérêt à se rendre physiquement dans une agence pour des opérations quotidiennes. Ainsi, en supprimant les contraintes physiques, des économies de frais postaux et de personnel sont possibles. On observe par conséquent des tarifs 2 à 4,5 fois moins élevés au sein des banques en ligne.

En ce qui concerne les placements financiers, les usagers sont désormais très attirés par les ETF. Ce sont des outils de gestion dits « passifs » qui n’ont pas besoin d’être contrôlé constamment par un gérant scrutant les perspectives des marchés au jour le jour. Cet outil est simple, il cherche simplement à atteindre un indice dans une classe d’actif. C’est pourquoi la différence en terme de frais courant est très significative, le fond de la BNP Paribas CAC 40 Theam Easy Ucits affiche 0,25% de frais courants, contre 2,71% pour celui de la financière de l’échiquier, le fond Agressor.

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En réalité, la banque en ligne a peu changé le secteur bancaire

Aujourd’hui seulement 12 % des particuliers ont opté pour une banque totalement virtuelle, alors que 80 % des français utilisent les services en ligne de leur banque

Malgré une implantation en France depuis déjà plusieurs années, on se rappelle encore des luttes intestines dans ce secteur lors de la bulle internet – la célèbre ebanking.com, lancé par le belge Fortis ferma boutique dès 2001 après avoir investi 15 millions d’euros. Les pure players de la banque en ligne n’ont pas véritablement bouleversé le paysage bancaire français ces 20 dernières années. Aujourd’hui seulement 12 % des particuliers ont opté pour une banque totalement virtuelle, alors que 80 % des français utilisent les services en ligne de leur banque.

Quelles prévisions de croissance pour ces banques ?

L’arrivée d’orange sur le marché des banques en lignes au côté de ING Direct, et Boursorama, crédibilise ce secteur aux yeux du grand public. L’avenir des banques 100% numériques semble être radieux.

En effet, d’après Marie Cheval, directrice générale de Boursorama Banque, l’année 2015 a été marquée par une forte accélération de sa croissance. A titre d’exemple, Boursorama compte désormais plus de 750 000 clients et vise plus de 2 millions de clients d’ici 2020.

Néanmoins, « les banques en ligne commencent à percer, mais leur succès reste limité » selon Maxime Chipoy, chargé de mission banque-assurance auprès de l’association de consommateurs UFC-Que choisir. Les pure players ne sont pas très transparentes sur leurs résultats, ING Direct par exemple déclare 800 000 clients sans donner le nombre de comptes ouvert chez elle.

Comment expliquer la situation française ?

Les clients français n’ont pas encore fait le choix de la banque « low-cost » et totalement digitale. Ils sont actuellement dans un entre-deux qui plébiscite la multicanalité.

Malgré l’essor des banques en ligne, leur place reste finalement marginale face à celle des banques de réseau en France. Hello Bank par exemple représente 1,5 % de sa maison mère, BNP Paribas, en terme de nombre de clients. Et en ce qui concerne les avantages tarifaires des banques en ligne françaises, ils restent en moyenne moins élevés que ceux qu’on peut trouver dans d’autres pays européens (entre 4 et 6 fois moins cher qu’une banque de détail classique).

Néanmoins, les banques de réseaux sont lucides et développent des stratégies de segmentation en  fonction du profil de leurs clients, c’est le cas de BNP Paribas qui cherche à viser ses clients inactifs en les orientant vers la banque en ligne du groupe : Hello Bank.

La clientèle française n’étant pas acquise au « tout digital », certaines banques vont même jusqu’à garder une implantation physique pour rassurer leurs clients. En effet, ING Direct garde des points de vente à Paris et à Lyon.

 

L’essor de la banque en ligne reste donc encore marginal en France, contrairement à certains de nos voisins européens comme le Royaume-Uni. Ces nouvelles banques s’adaptent au consommateur français qui privilégie la multicanalité en développant des stratégies de différentiation.

 

La Business Unit Finance.